L’urgence vitale de la vérité face au déclin du courage

« Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique. (…) Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. »

Tel fut le début d’un célèbre discours prononcé en 1978 en la prestigieuse université de Harvard par un homme dont le courage personnel ne put faire aucun doute. Alexandre Soljénitsyne avait au moment de ce discours connu les gloires du monde, le prix Nobel de littérature lui a été attribué en 1970, et la souffrance et l’humiliation dans les goulags soviétiques  

La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère disait-il également au début de son discours pour développer ensuite une réflexion sur les droits individuels et leur développement parfois au détriment du bien commun, une réflexion qui n’est pas moins d’actualité aujourd’hui mais au contraire encore plus urgente :

« Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes. Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d’une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse. » (…) « Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu’un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n’en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n’entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu’aux extrêmes limites des cadres légaux. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s’en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme. Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d’une structure sociale légaliste. » 

La société occidentale est effectivement imprégnée aujourd’hui par un esprit de droits individuels, une tendance illustrée entre autres par les débats sur le mariage et la famille où la filiation, élément structurant de la famille et par là de la société, est souvent absente. On parle plutôt d’un droit à l’enfant, que l’intérêt de l’enfant qui est pourtant le plus faible et qu’il serait du devoir des adultes de défendre… Soljénitsyne disait il y a maintenant 35 ans qu’il « est temps, à l’Ouest, de défendre non pas tant les droits de l’homme que ses devoirs. » Peut-être serait-il temps d’écouter son appel ? Il met en avant ce paradoxe en parlant justement des enfants : « D’un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s’est vue accorder un espace sans limite. Il s’avère que la société n’a plus que des défenses infimes à opposer à l’abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d’horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu’ont ces mêmes enfants de ne pas regarder et de refuser ces spectacles. L’organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. »

Seule la vérité peut contrebalancer cette tendance légaliste. Or, la vérité doit pouvoir s’exprimer. Soljénitsyne partage une réflexion très profonde sur les média dont la résonance est encore plus forte aujourd’hui où les média sont omniprésents : « Sans qu’il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d’idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n’ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d’être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l’engouement à la mode. (…) cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. »

La réponse à cette évolution de la société apportée par Soljénitsyne repose sur la dimension spirituelle, seule capable de laisser percer la vérité sur l’Homme et rendre l’Homme libre : « Le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n’est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. (…) Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne. Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter … toujours plus haut. »

 Veilleurs Invalides

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